La crise sanitaire a bouleversé nos façons de travailler. Le 100% télétravail s’est imposé dans bien des secteurs pendant les confinements successifs de ces derniers mois, alors qu’entreprises et salariés étaient jusqu’alors assez frileux pour opérer des changements dans l’organisation du travail. L’après-crise verra-t-elle naître une véritable « révolution » de la vie professionnelle ? Rien n’est moins sûr. Les habitudes sont tenaces. Mais il est évident qu’une évolution est en marche. Alors, entre télétravail, présentiel en bureaux « classiques » et flex office, à chaque entreprise de trouver le juste équilibre. 

Pour le salarié nomade, chaque espace devient un lieu de travail potentiel. Crédits : @Pixabay

En 2019, avant l’apparition du Covid, seuls 4% des salariés télétravaillaient au moins un jour par semaine contre 18% en juillet dernier (source Dares, institut Sapiens). Ce chiffre est certainement encore à revoir à la baisse aujourd’hui puisque le gouvernement a mis fin à l’obligation de télétravail depuis le 1er septembre. Le nouveau protocole sanitaire laisse ainsi à la direction des entreprises, en accord avec les représentants des salariés, la possibilité de faire revenir leurs salariés en présentiel cinq jours sur cinq. 

Pourtant, à la fin du premier confinement en mai 2020, 84% des salariés déclaraient vouloir poursuivre le télétravail (données Malakoff Humanis). Ce travail à distance accorde en effet aux collaborateurs une certaine liberté d’organisation, notamment entre vie professionnelle et vie personnelle. La suppression des trajets domicile-bureau permet de passer plus de temps en famille, tout comme de faire baisser le stress lié aux embouteillages, aux transports en commun… Autrement dit, le salarié gagne en bien-être. 

Du côté de l’entreprise, bien-être du salarié rime avec absentéisme allégé. Ce mot résonne aussi avec engagement social – l’un des trois piliers de la démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) dans laquelle s’engage de plus en plus de sociétés. Le travail à distance cumule aussi de nombreux atouts économiques et environnementaux (autre pilier RSE). En effet, les frais de fonctionnement de l’entreprise sont réduits : baisse de la participation au coût du transport des salariés, diminution des charges courantes (entretien, électricité, chauffage…) couplées avec une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour les entreprises donc, le télétravail peut s’inscrire comme un gain en matière de responsabilité sociétale et environnementale.

Mais le télétravail présente aussi des inconvénients. Côté employés, il peut engendrer certains risques “psychosociaux” : les salariés peuvent souffrir d’isolement, voire ressentir une forme d’exclusion à ne plus partager le lieu social qu’est par essence le bureau. Avoir la sensation “de ne plus sortir de ses quatre murs”. Ou de ne plus bénéficier de frontières entre travail et domicile. A la hiérarchie de veiller au droit de déconnexion ! Mais à elle aussi de trouver le juste équilibre entre confiance et rigueur d’organisation. 

Quoi qu’il en soit, malgré toutes les technologies existantes, la communication en “face à face” semble incontournable. Combien de fois durant cette période exceptionnelle de crise sanitaire, un salarié a mal interprété des consignes de travail transmises par mail, ou mal perçu l’expression de la demande hiérarchique, trouvant le mail “trop sec”, trop incisif. Le “face à face” évite bien des malentendus. Rien ne remplacera jamais la communication non verbale. Un geste, un regard, un sourire éclairent les propos de chacun et fluidifient les échanges.

C’est pourquoi l’équilibre doit être trouvé pour contenter employés et employeurs. La solution réside certainement dans une juste combinaison des temps en présentiel et en distanciel. Privilégier le travail à distance pour les tâches demandant concentration et réflexion et le présentiel pour les réunions d’équipe et les échanges informels qui font également partie intégrante du travail collectif. 

Salariés « nomades »

Conclu donc pour une part de télétravail chaque semaine ! 

Pour les journées en présentiel, le glas du bureau individuel traditionnel semble avoir sonné. La tendance actuelle est en effet au “flex office”, terme d’origine anglaise désignant l’absence de poste de travail attitré à chaque salarié. En fonction de ses besoins, ce dernier est invité à réserver chaque jour ou en fonction des heures de la journée un espace de travail : bureau dans un open space, coin calme, salle de réunion… Pour l’entreprise, les bénéfices sont évidents : diminution des coûts immobiliers et des charges courantes. Pour le salarié devenu “nomade”, adieu routine et personnalisation du bureau ! Certains salariés risquent de mal vivre ce changement en ayant le sentiment d’être interchangeables et de ne plus posséder “leur espace”.

Cependant, ce mode d’organisation apparaît comme un moyen de promouvoir la créativité et l’échange au sein des équipes, un moyen de rencontrer de nouvelles personnes. Et quand on constate l’engouement de ces dernières années pour les espaces de coworking, on peut se dire que le mouvement est lancé. Feu le bureau d’antan !

Et si l’équilibre, c’était la souplesse.